Le texte, présenté par le Gouvernement régional le 26 février dernier et composé de 5 articles, encourage les initiatives favorisant la connaissance et la diffusion de la langue francoprovençale en tant qu'expression de l'identité et du patrimoine culturel immatériel de la communauté valdôtaine, en leur reconnaissant un rôle éducatif et formateur. Il soutient notamment le Centre d’études René Willien de Saint-Nicolas ainsi que l’association Lo Charaban par une aide annuelle. La dépense globale est fixée à 90.000 euros à compter de 2025.
Le rapport en séance
Le Conseiller rapporteur, en illustrant le projet de loi, a rappelé que le Centre d'études René Willien œuvre depuis toujours à la valorisation du patrimoine linguistique et culturel du francoprovençal, en menant des travaux de recherche qui dépassent les frontières de notre Vallée: son approche s’étend à l’ensemble de l’aire francoprovençale, en Suisse, en France et au Piémont, afin d’analyser et de comparer cette langue dans un cadre plus large. Par ailleurs, le Centre d'études s’investit également dans la préservation et la transmission de la langue et de la culture francoprovençales sur le territoire de la Vallée, en organisant notamment le concours annuel dédié à Jean-Baptiste Cerlogne, précurseur de l’écriture de notre langue.
En ce qui concerne Lo Charaban, le rapporteur a souligné que l’association est une institution incontournable du théâtre populaire en Vallée d’Aoste: grâce à son engagement, elle contribue non seulement à la diffusion de la langue francoprovençale, mais aussi à la transmission d’un héritage culturel riche et vivant; au fil des décennies, Lo Charaban est devenu un véritable symbole de l’identité valdôtaine, réunissant des générations de comédiens et de spectateurs passionnés.
Selon le rapporteur, le besoin de continuité culturelle, aujourd’hui menacé par le mouvement mondial de normalisation, est largement répandu et partagé. Il est essentiel que les éléments encore vivants puissent poursuivre leur évolution de manière naturelle à travers l’histoire. Cela permet non seulement d’entretenir la passion de ceux qui portent cette langue dans leur cœur, mais aussi de nourrir la diversité linguistique et culturelle.
Le débat en séance
Le groupe Lega VdA considère que cette loi introduit un principe fondamental concernant les sociétés savantes et les centres culturels, véritables moteurs de l’identité valdôtaine: ceux-ci pourront désormais accéder aux contributions régionales et planifier leurs activités sur le long terme. Toutefois, trop peu a été fait pour le francoprovençal, langue qui, avec les langues Walser, constitue le patrimoine de l'identité valdôtaine. Le groupe a souligné qu'il a avancé beaucoup de propositions pour donner un futur aux francoprovençal, mais la majorité les a toujours rejetées. On ne peut pas permettre que la première langue des Valdôtains disparaisse.
Le groupe Mixte a annoncé le vote favorable sur le projet de loi, tout en soulignant que la valorisation du francoprovençal devrait commencer par la possibilité de l'utiliser au sein de l'Assemblée régionale, ce qui n'est pas possible car le Règlement intérieur ne le prévoit pas. Le Conseil avait voté une motion, mais rien n'a été fait, car selon le groupe il n'y a pas la volonté de la part de la majorité régionale de reconnaître cette langue: c'est une honte et une hypocrisie totale. On ne veut même pas appliquer la loi italienne pour la protection des minorités linguistiques, alors qu'il y aurait plein de possibilité de valoriser la langue. Avec 90 mille euros on ne fait pas grand-chose pour valoriser une langue. Le groupe a rappelé que l'année passée avait demandé les Etats généraux de la langue francoprovençale ainsi que la modification du Statut régional pour prévoir, finalement, l'officialisation de notre langue millénaire.
Sulla questione delle modifiche al Regolamento interno e l'utilizzo del francoprovenzale in Consiglio, il Presidente dell'Assemblea ha parlato di questione molto complessa: un dossier è stato fatto diverso tempo fa e inviato a tutti i componenti della Commissione per il Regolamento, nell'attesa che venga letto per convocarla.
Selon le groupe UV, cette loi donne un signal fort à travers le soutien à la langue du cœur: celle que l'on parle et celle avec laquelle on pense. En particulier, le Centre d’études francoprovençales a fait un travail remarquable, réussissant à créer des réseaux internationaux grâce au travail des bénévoles. La loi permet d’accorder au Centre le soutien économique nécessaire pour développer ses activités, reconnues et valorisées au sein des universités internationales. Le Centre entretient également un lien étroit avec le territoire. Son action gagnera en efficacité grâce à l’étude, la valorisation de ce qui a été fait hier pour conduire la communauté vers le futur. Pour l'UV, la loi contribuera aussi à la promotion active du francoprovençal, qui passe tout d'abord à travers l’éducation: celle-ci permet aux jeunes de pratiquer la langue, soit à travers l’apprentissage, soit par le biais d’activités ludiques telles que le théâtre et les concours. Dans ce sens, le soutien à l’activité du Charaban favorisera la diffusion et l’usage du francoprovençal ainsi que la valorisation du particularisme valdôtain.
Le groupe Rassemblement Valdôtain a exprimé le soutien au projet de loi, convaincu de son importance, tout en rappelant que ce n'est pas une loi, à elle seule, ni des aides financières, qui suffiront à relancer l'identité valdôtaine et à faire revivre nos langues: le francoprovençal, comme toute langue minoritaire, a besoin d'être vécu, parlé, transmis. Pour le groupe, c'est à tous - élus, institutions, citoyens - qu'il revient de défendre et de développer notre culture, de manière active et consciente. Le sens profond de ce texte, c'est une volonté politique de soutenir des acteurs culturels engagés, de préserver une partie essentielle de l'héritage immatériel et d'affirmer que l'identité valdôtaine mérite plus qu'une simple mention dans les discours.
Le groupe FP-PD a mis l'accent sur le soutien concret qui, avec la loi en discussion, sera accordé au Centre d'études francoprovençales René Willien et à l'association culturelle Lo Charaban, ainsi qu’aux autres associations culturelles, sociétés, centres d'études et fédérations de théâtre qui sont déjà financés. Ces structures sont engagées dans la préservation des cultures traditionnelles valdôtaines et ont la précieuse mission de conserver et promouvoir les thèmes liés au particularisme régional. Pour le groupe, la langue et les traditions doivent d'abord être aimées, puis appréciées sans contraintes, mais en stimulant un intérêt nourri progressivement avec intelligence et attention.
Le groupe PCP, en annonçant son vote favorable, a souligné que ce projet de loi constitue une petite pièce au sein d’un cadre plus large qui devrait être étendu afin de valoriser pleinement les langues valdôtaines et de protéger la culture valdôtaine. Selon le groupe, ce texte ne changera pas l’avenir de la langue, bien qu’il reconnaisse l’action essentielle du Centre d’études francoprovençales de Saint-Nicolas et du groupe Lo Charaban, deux réalités très appréciées. Il convient toutefois de souligner que d’autres compagnies théâtrales jouent également un rôle important dans la sauvegarde des patois.
L'Assesseur aux activités culturelles a répliqué qu'il s'agit d'une étape importante pour la langue francoprovençale: le projet de loi a en effet le but de valoriser ceux qui travaillent avec continuité, qui font de la recherche, qui transmettent le savoir aux nouvelles générations. Une loi qui a l'ambition de reconnaître la valeur des deux réalités historiques, qui représentent une excellence de la culture valdôtaine, en leur donnant une dignité législative et une stabilité financière. L'Assesseur a souligné que le Centre René Willien est un point de repère au niveau régional, italien et international, qui travaille avec une équipe scientifique et collabore avec beaucoup d'universités. Lo Charaban est l'une des expressions les plus originales de la production culturelle en patois ainsi qu'une occasion de transmission de l'identité collective valdôtaine. Per l'Assessore, queste due realtà portano avanti due azioni diverse, ma complementari, facendo vivere nel presente una lingua che è fragile, che è parlata da una minoranza sempre più ristretta e quindi serve un'azione culturale politica consapevole, determinata e lungimirante.